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    Entreprises

    Je considère qu'il y a une lacune dans la structure même des compagnies. Le problème est systémique puisqu'en suivant sa vocation naturelle (la quête du profit) une compagnie entrera nécessairement dans une relation conflictuelle avec d'autres instances dont :
     
            ses clients
            ses employés
            ses fournisseurs
     
    Contre ces trois entités, elle essaiera d'en obtenir le plus possible d'eux en leur donnant le moins possible, et ils feront de même avec elle. Cette forme de marchandage est malsaine pour les deux parties puisque le fruit du travail se dégrade à mesure que la relation progresse. Imaginons une compagnie comportant deux personnes : un commis payé au salaire minimum et un propriétaire qui n'a jamais besoin de mettre les pieds dans son commerce. Un fort achalandage de clients est quelque chose de positif pour le propriétaire (ça augmente ses profits sans lui demander plus d'effort) et de négatif pour le commis (ça augmente sa charge de travail sans augmenter son salaire). L'intérêt des parties est clairement antagoniste. Cela nuira à l'entreprise puisque le commis fera tout ce qu'il peut faire (sans dépasser la limite qui lui ferait perdre son emploi) pour réduire le nombre de clients.
     
    La compagnie entrera elle-même en compétition avec les autres compagnies, voilà un autre rapport conflictuel. Normalement, la rivalité entre les entités d'un même niveau les pousse à s'améliorer dans leur rôle, mais cela se fait sans considération pour tout autre chose. Par exemple, si plusieurs individus sont en compétition pour être employé, ils devront devenir de plus en plus meilleurs dans cette tâche pour conserver leur poste, mais cela aux dépens de leur vie en dehors du travail ou de leurs besoins humains.
     
    Même chose pour les compagnies, elles ont intérêt à être de plus en plus tyranniques envers leurs employés, de plus en plus chiches avec leurs fournisseurs et de considérer de moins en moins toute autre chose (environnement, travailleur du Tiers-Monde, animaux, etc.) si elles veulent continuer d'exister. Une entreprise qui déciderait d'être fine avec ses producteurs tiers-mondiaux sera obligée de hausser ses prix ce qui lui fera perdre son marché devant ses compétiteurs plus maléfiques qui vendent moins chers (sauf si ce rehaussement de son image est suffisant pour que les consommateurs soient prêts à payer plus cher).
     
    Finalement, l'entreprise a également une relation conflictuelle avec le gouvernement. Ce dernier, en effet, pour s'assurer d'avoir des votes aux prochaines élections, doit imposer à la compagnie des limites afin que les principes que j'ai énoncés plus haut de la rendent pas trop nuisible. Le gouvernement essaiera également de s'approprier une part des revenus de la compagnie, qui elle essaiera de trouver des moyens d'éviter ces taxes et ces impôts.

    Coopératives
    Mon opinion est que les entreprises éviteraient tous ces pièges si elles étaient des coopératives et non des compagnies. Il faudrait, en plus, que les employés, les fournisseurs et les clients soient tous les trois des membres (donc copropriétaires) de la coopérative en question.
     
    De cette façon, ce serait bénéfique pour les autres :
            Les intérêts réels du client seraient pris en considération,
            On n'imposerait plus aux employés des conditions de travail inutilement contraignantes,
            On paierait le fournisseur pour la qualité de sa marchandise sans essayer de l'escroquer.
     
    Mais aussi, le fait de donner une ristourne à tous ces gens serait bénéfique pour l'entreprise elle-même :
            Si elle a des compétiteurs, les clients la choisiraient quand même, pour le simple fait qu'elle leur appartient,
            Les employés feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour que l'entreprise roule bien,
            Les fournisseurs feraient de bons prix.
     
    Dans ces conditions, il ne serait plus nécessaire qu'il y ait plusieurs entreprises rivales pour que ces dernières se préoccupent des intérêts du consommateur. Il serait même bénéfique que la coopérative en question ait le monopole de son marché. Ainsi, elle pourrait avoir à cœur autre chose que son propre profit (environnement, humanitarisme, etc.) car sa rivalité avec les autres ne la poussera pas à baisser ses prix à tout prix.

    (2) reacties

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    Réponse à Cormanthor :
     
    D'abord je suis d'accord avec tes deux axiomes. Mais tu en conclues que :
     
    « [...] l'Homme veut maximiser ses gains financiers, ce qui se fera automatiquement au détriment de quelqu'un d'autre. »
     
    Cette partie je suis moins d'accord. Les intérêts de deux individus peuvent converger, de sorte qu'en maximisant mes gains j'en fais aussi profiter d'autres que moi. Si nous sommes tous deux copropriétaires d'une entreprise et que notre part de ses profits est toujours égales, je vais essayer d'augmenter les profits de l'entreprise pour maximiser les miens et, du même coup, j'augmenterai les tiens. Voilà pourquoi je proposais un système de coopératives. Je pense qu'ultimement, en allant dans cette direction, on pourra trouver une manière de satisfaire les intérêts de tous sans que ce ne soit au détriment de personne.
     
    Tu dis aussi : « Le marché s'équilibre lorsque les intérêts de chacun des agents est maximisé par rapport au rapport des forces en présence. [...] le commis au salaire minimum est libre de changer d'emploi. Le propriétaire est libre d'augmenter les conditions de travail de son commis afin d'augmenter sa fidélité à l'entreprise. Il est aussi libre de le congédier et d'engager un autre commis qui sera plus fidèle tout en acceptant les mêmes conditions de travail que le commis précédent. »
     
    Justement cela pose quelques problèmes. Par exemple, s'il existe trop de gens qualifiés pour un même poste, le patron pourra se permettre de réduire le salaire ou les conditions de travail de manière abusive, puisqu'il sait qu'il y aura toujours au moins une personne parmi cette foule de candidats pour accepter le poste.
     
    C'est encore pire à grande échelle. Mettons que l'interchangeabilité des individus dans la compagnie est bénéfique pour le rendement, l'interchangeabilité des entreprises elle-même peut amener un autre problème : la faillite. Si une entreprise fait faillite (généralement, parce qu'elle ne peut plus rivaliser avec la compétition) ce sont des dizaines, des centaines ou des milliers de personnes qui sont soudainement chômeures. Et ce n'est plus à cause de leur incompétence personnelle; l'employé X de la compagnie Y qui a fait faillite était tout aussi compétent que l'employé A de la compagnie B. On perd alors l'aspect « mérité » du statut de chômeur.
     
    Tu dis : « c'est très pertinent que le gouvernement et ses agences, en tant qu'entités assez neutres, servent d'arbitres dans cette jungle où s'affrontent PDG, employés, syndicats, patrons, consommateurs, chômeurs et compagnie. »
     
    Je suis d'accord. Mais je pense que justement si le gouvernement est obligé de mettre toute sorte de limites ou de compensations à tous les niveaux dans cette « jungle » c'est peut-être que ce système est fondamentalement imparfait. Substituer les compagnies privées et les sociétés d'État par des coopératives ayant le monopole pour fournir un service donné, nous éviterait d'avoir recours à une législation aussi lourde.
     
    Cormanthor : « L'inconvénient est qu'en voulant donner des meilleures conditions aux employés sans raison autre que la justice sociale, la société d'État tend à glisser vers l'inefficacité, augmentant alors ses coûts et diminuant ses profits »
     
    Je pense aussi que les sociétés d'État ont un gros problème côté efficacité. Probablement parce que ceux qui les gèrent ont un salaire fixe non-influencé par le rendement de l'entreprise et qu'ils ont une trop grande assurance de conserver leur poste. Dans une entreprise privé, chaque outil ou matériel de bureau continue d'être utilisé jusqu'à ce qu'il ne soit physiquement plus possible de s'en servir. Dans une société d'État, on jette notre ordi aux vidanges aussitôt qu'un meilleur sort. Si les employés avaient pour revenus une ristourne au lieu d'un salaire, ils seraient beaucoup plus efficaces au travail et minimiseraient leurs dépenses. Donc une coopérative aurait une plus grande efficacité qu'une société d'État ou une compagnie.
     
    Cormanthor : « Les principes coopératifs tel qu'évoqués ici me font d'ailleurs étrangement penser à... une grosse société par actions... »
     
    Tout à fait. Mais une différence majeur est justement qu'une corporation par actions ne pensera qu'au profit monétaire sans considération pour toute autre chose (environnement, conditions de ses travailleurs du Tiers-Monde, etc.). Principalement parce que les actionnaires sont rarement clients ou employés de la corporation; la majorité ne sont que des investisseurs qui investissent dans le but de faire fructifier leurs économies. En fait, le principe des corporations les forcent à tout faire pour accroître les valeurs des actions. Par exemple, pour s'enregistrer à la bourse, on doit maintenir nos revenus à la hausse. Donc même si le PDG et tous les actionnaires d'une corporation étaient d'accord pour réduire ses revenus dans le but de sauver l'environnement, ils n'auraient pas le pouvoir de le faire. La corporation devient un monstre ayant sa propre volonté. Une coopérative pourraient trouver d'autres buts que le profit monétaire immédiat et l'accroissement de son revenu (par exemple, le simple fait d'offrir un service de qualité est une finalité suffisante) et pourrait changer ses politiques lors d'une assemblée générale.
     
    Pour le reste je pense qu'on est pas mal d'accord.
    16 Feb.
    Veux-tu un marteau et une faux ? Haha ;)
     
    Deux axiomes :
     
    1) L'Homme est égoïste de nature.
    2) L'argent est une ressource limitée et convoitée.
     
    De ceci, nous tirons que l'Homme veut maximiser ses gains financiers, ce qui se fera automatiquement au détriment de quelqu'un d'autre. Le marché s'équilibre lorsque les intérêts de chacun des agents est maximisé par rapport au rapport des forces en présence.
     
    Contrètement, ceci signifie des trucs comme : le commis au salaire minimum est libre de changer d'emploi. Le propriétaire est libre d'augmenter les conditions de travail de son commis afin d'augmenter sa fidélité à l'entreprise. Il est aussi libre de le congédier et d'engager un autre commis qui sera plus fidèle tout en acceptant les mêmes conditions de travail que le commis précédent. Les clients sont libres d'aller ailleurs que chez Wal-Mart. Une compagnie en situation de monopole ou d'oligopole va clairement prendre avantage des consommateurs ou tendre à être inefficace (comme les compagnies pétrolières ou le système de santé québécois public). Les compagnies veulent minimiser les conditions de travail des employés mais doivent aussi donner des bonnes conditions de travail si elles veulent embaucher et garder les bons employés ou ceux dont le capital humain est très en demande.
     
    En réalité, ce n'est pas aussi simple que ça bien qu'au fond, la logique demeure la même. Et c'est très pertinent que le gouvernement et ses agences, en tant qu'entités assez neutres, servent d'arbitres dans cette jungle où s'affrontent PDG, employés, syndicats, patrons, consommateurs, chômeurs et compagnie.
     
    L'idée des coopératives et des sociétés d'État n'est pas mauvaise d'après moi tant qu'elle demeure dans des biens et services vitaux et dont la demande est inélastique (Hydro-Québec, l'eau ou l'énergie éolienne dans le futur, éducation, santé, etc.). Cest biens et services sont trop importants pour que leur qualité soit diminuée afin de maximiser les profits. L'inconvénient est qu'en voulant donner des meilleures conditions aux employés sans raison autre que la justice sociale, la société d'État tend à glisser vers l'inefficacité, augmentant alors ses coûts et diminuant ses profits (ou augmentant ses pertes). C'est étrange que payer pour envoyer un patient au privé coûte moins cher que le faire soigner dans le système public. Ce n'est pas surprenant tellement le système de santé public n'est pas efficace. C'est dur à avaler car je crois fermement que le système de santé doit être entièrement public afin d'être réellement juste et équitable pour tous... Notre ancienne école secondaire n'aurait jamais mis autant d'efforts pour créer des programmes spéciaux (international, multi-sports) si elle n'avait pas sentie la pression émanant du secteur privé... Encore un autre cas d'inefficacité qui a été partiellement réglé par la compétition pour le bénéfice des "clients", les étudiants... Le monopole public du transport se retourne parfois contre les membres (les citoyens) car, en l'absence de compétition, une grève paralyse Montréal, donnant alors un pouvoir incroyable aux gens de la STM...
     
    Les principes coopératifs tel qu'évoqués ici me font d'ailleurs étrangement penser à... une grosse société par actions... remplace notamment ristournes par dividendes et la comparaison est étrangement intéressante... L'intérêt des clients est visé car sinon, les clients iraient voir ailleurs, les employés ont les conditions de travail faisant en sorte qu'ils ne vont pas tous ailleurs, les différentes divisions de la compagnie se complètent pour maximiser le rendement global, les actionnaires choississent cette compagnie pour faire fructifier leurs investissements...
     
    N'oublie pas une chose aussi : les clients choisiraient la coopérative uniquement si la ristourne serait supérieure aux économies qu'ils feraient à aller acheter leurs biens et services ailleurs...
     
    Dans l'ensemble, l'idée de la coopérative est quand même intéressante, mais il faut créer une coopérative qui sera gérée par des gestionnaires capables de maximiser le rendement sous les contraintes imposées par une entreprise de type coopératif. Il faut pour cela des idées novatrices pour créer un sentiment d'appartenance et faire voir que les bénéfices dépassent les coûts... Je suis certain que cela est réalisable...Hydro-Québec le montre bien après tout (bien que son principal produit soit vraiment particulier : l'énergie).
    15 Feb.

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