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Langue internationaleJ'ai écris précédemment sur ce blogue un article donnant mon opinion sur la langue écrite. J'y disais que, pour moi, la langue écrite devait être parfaitement moulée sur l'oral. Cela implique, nécessairement, que l'on emploie une langue écrite différente d'une région à l'autre car le dialecte québécois est bien différent du parisien. Si cette régionalisation de l'écrit réduit nécessairement la portée d'une langue, comment les différents peuples de la francophonie pourront-ils communiquer entre eux? me demandera-t-on. Eh bien, de la même façon qu'ils communiquent avec des peuples non-francophones : en utilisant une autre langue comme véhicule. L'anglais?Bien sûr que non. Je ne me vois pas utiliser l'anglais pour parler avec un Français de France. Déjà que je désapprouve sa position en tant que langue internationale. En effet, cette langue est pratiquement aussi compliquée que le français. Comme dans notre langue, il y a des lettres ou des séquences de lettres qui font un son différent selon le contexte. Par exemple, le « ght » qui se prononce parfois [f], tantôt [t] ou alors il est muet. Même chose avec les voyelles qui ont chacune un large éventail de prononciations possibles. Par ailleurs, même si l'anglais était la langue la plus simple du monde, il ne devrait pas être la langue internationale. Comme c'est la langue vernaculaire de plusieurs peuples, l'utiliser comme langue commune symbolise un clivage entre les anglophones et le reste du monde. En plus, vu que c'est une langue vivante, elle comporte plusieurs variantes régionales et est sujette à une évolution constante. La langue commune de l'humanité doit être fixe et homogène. Une langue artificielle?Je pense que la solution est d'instaurer une langue artificielle (c'est-à-dire, inventé de toute pièce et non pas le fruit de siècles d'usage) comme langue internationale officielle. Comme l'espéranto par exemple. Voici les avantages d'une telle solution :
ConclusionDonc pour faire le lien avec mon autre sujet sur la langue, je pense que chaque population devrait avoir sa propre langue vernaculaire dans laquelle l'écrit suivrait l'oral dans son évolution, en plus d'avoir une langue véhiculaire commune avec le reste de la Terre qui serait une langue artificielle obéissant à une grammaire très stricte mais très facile à apprendre.DictionnaireSi vous avez lu plus bas mon texte Notre langue, vous savez que je ne porte pas dans mon cœur le purisme linguistique. Ici je vais m'attarder plus précisément à faire une critique de cet ouvrage que l'on appelle dictionnaire et qui est la Bible des puristes de la langue. D'abord, comprenez que le dictionnaire n'est pas un livre sacré et que son contenu peut être remis en question, puisqu'il a été écrit par des humains, faillibles comme nous tous, dans un contexte donné. Ils n'inventent pas la langue à partir de rien. Non. Ils se basent sur la langue parlée et écrite déjà en vigueur. Ensuite ils essaient de donner aux mots des définitions cohérentes avec leur usage et ils étiquettent certains mots comme « impropriété ». Les définitions peuvent être incorrectesParfois en tentant de donner à un mot sa définition, ils peuvent se tromper. Pourquoi? Parce que la définition de chaque mot doit se faire avec d'autres mots, alors que dans notre tête, la définition des mots est conceptuelle donc pas métalinguistique. Quand je pense au mot « chat » je pense à un chat et pas à « mammifère carnivore de la famille des félidés… » Voici un exemple de définition incorrecte : Artificiel Dans le Multidictionnaire, Artificiel est défini tout simplement comme « non naturel » et Naturel est défini comme « qui appartient à la nature » puis Nature est défini comme « ensemble des êtres et des choses qui composent l'univers »… donc il n'y a pas de plantes artificielles dans l'univers… Dans le Petit Robert, Artificiel est « produit par l'activité humaine et non pas la nature » et Naturel est défini comme « qui n'a pas été modifié par l'homme » donc, selon cette définition, un vaisseau spatial construit par des extraterrestres serait quelque chose de naturel, mais un excrément humain est artificiel. Les définitions peuvent être idéologiquement orientéesPortez attention à ces définitions tirés du Petit Robert : Paradis : Lieu ou les âmes des justes jouissent de la béatitude éternelle. Karma : Dogme central de la religion hindouiste selon lequel la destinée d'un être vivant et conscient est déterminé par […] Vous avez remarqué? Pour karma on précise « dogme central de la religion hindouiste » mais pour un dogme chrétien… rien, aucune précision, comme si ce n'était pas dans la mythologie chrétienne mais dans la réalité. Comme si ça existait pour vrai de manière objective et reconnue par tous. Le dictionnaire marginalise la francophonie hors ParisLes mots québécois, belges ou africains – lorsqu'ils sont dans le dictionnaire – sont toujours accompagnés d'une mention précisant leur origine. Certains très répandus dans toute la francophonie sont exclus du dictionnaire si on ne les utilisent pas dans la capitale de l'hexagone. Tandis que le moindre argot parisien est scrupuleusement consignés dans cette bible du langage., et il n'est nullement précisé que ce mot n'est employé qu'à Paris ou qu'en France. Les mots semblables à ceux de l'anglais sont démonisésL'anglais c'est le mal ça a l'air, les mots d'emprunts des autres langues sont vus comme un enrichissement mais pas ceux de l'anglais. C'est rendu qu'on expulse des mots qui sont depuis longtemps dans notre langue juste à cause de leur origine douteuse. Par exemple, on ne peut plus dire le mot « opportunité » qui est désormais un anglicisme… malheureusement on n'a pas d'autre mot pour désigner ce concept. Évidemment, ce sont les anglicismes non-parisiens qui sont démonisés. On peut donc dire « week-end » puisque ce mot est employé à Paris et est donc purement francophone, mais on peut pas dire « fin de semaine » car c'est un calque de l'anglais « weekend ». Bref, pour moi quelqu'un qui prend tout ce qui sort du dictionnaire comme si ça sortait de la bouche d'un dieu, je trouve qu'il est pas mieux qu'un intégriste avec son livre sacré. (Notez que dans mes exemples ici je n'ai pas utilisé le Larousse car je n'en ai pas chez moi mais c'est, à mon sens, le pire.) Notre langueJe suis fru quand quelqu'un dit « Les Québécois parlent mal… on devrait parler comme les Français [parisien], eux parlent bien. » Les Parisiens parlent bien parce que l'on définit le « bon français » en se basant sur la manière dont ils parlent. Donc peu importe les mots qu'ils choisiront d'incorporer à leur lexique, ce sera toujours ça le bon français. Si un anglophone me dit « Hi » au lieu de « Bonjour », est-ce que tu vas dire qu'il parle mal français? Non, tu vas dire qu'il parle anglais, tout simplement. C'est la même chose. Chaque dialecte du français a sa propre logique qui n'est ni plus mauvaise ni moins cohérente que celle du français standard normatif international parisien. On a récemment fait passer des tests de français à des étudiants universitaires en enseignement. Il s'est avéré que le trois quart de ces personnes ont échoué ledit test. Cette piètre performance dans la langue écrite semble généralisée – et bien pire – dans le reste de la population. Il est pratiquement impossible de trouver un document en français de plus d'une page qui ne contienne aucune faute. Les solutions proposées pour régler cette gênante situation sont généralement d'imposer encore plus de cours de français aux élèves du primaire et du secondaire. Toutefois, cette mesure à laquelle on a souvent eu recours ne semble pas avoir eu d'impact réel jusqu'à présent. Nous devrions nous attaquer plutôt à la source du problème. Elle ne réside pas dans la paresse des étudiants ni dans une lacune au niveau du système scolaire. Le problème se situe plutôt dans la structure même de notre langue. En effet, le français écrit est bien loin du français oral. Tant au niveau de la syntaxe que du lexique, de l'orthographe et de la grammaire. Pas étonnant que les jeunes aient tant de difficultés à apprendre à écrire, on leur enseigne au fond une langue qui n'est pas la leur. Il n'est pas normal que l'on passe onze ans de notre vie à apprendre notre soi-disant langue maternelle et que l'on fasse encore des fautes. Il faudrait cesser de sacraliser la langue écrite. Elle ne nous a pas été dictée au début des temps par une divinité quelconque, elle fut inventée un jour par un humain dans un tout autre contexte. À une époque où la langue orale différait de la nôtre, où les grammaires les plus compliquées étaient les plus prestigieuses et où les scribes et copistes étaient payés au caractère. La langue est – comme tout phénomène social – dynamique. Le purisme (conservatisme) linguistique est une croisade vaine. La langue orale va continuer de se transformer et l'écrit devra la suivre un jour ou l'autre s'il veut demeurer utilisable. Faisons une enquête historique. Dans l'Antiquité, les Romains parlaient latin mais écrivaient en grec car ils disaient qu'ils parlaient mal. Au Moyen Âge, les Français parlaient français mais écrivaient en latin et disaient qu'ils parlaient mal. Aujourd'hui, les Québécois parlent québécois mais écrivent en français et disent qu'ils parlent mal. L'histoire se répète. Devinez la suite… La langue écrite est tout simplement inadaptées à la langue orale et comporte nombre d'exceptions qui n'ont aucune logique et qui sont difficiles à assimiler puisqu'elles n'ont pas d'incidence sur l'oral. Il ne faut pas voir une simplification de la langue écrite comme un nivellement vers le bas puisque l'actuelle complexité de la langue écrite ne nous apporte rien. Ce n'est pas une richesse. Elle n'est pas nuisible qu'au « bas » mais à tous ceux qui apprennent et utilisent cette langue. Nous faisons tous des fautes et nous avons tous dû apprendre le français. Bref, si nous voulons éviter que la génération suivante ne gaspille son temps, comme nous l'avons fait, à apprendre une langue qu'elle ne maîtrisera jamais parfaitement, nous devons songer à réformer l'écrit. |
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