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    Évolution

    J'ai souvent jasé avec des créationnistes dans ma vie. Mais même les gens qui acceptent l'évolution, ne la comprennent pas vraiment et pensent souvent qu'il y a quand même une place pour Dieu là-dedans. Je vais donc ici vous expliquer la théorie moderne de l'évolution, selon le modèle proposé par Charles Darwin il y a déjà 200 ans de ça.

    L'évolution est la somme de deux phénomènes : la sélection et la diversification. L'un réduit la diversité selon certains critères alors que l'autre l'accroît de manière plutôt aléatoire.

    Si l'on accepte que :

    1. Certains de nos traits nous permettent plus facilement de survivre et de se reproduire tandis que d'autres nous nuisent dans ces mêmes tâches,
    2. Les enfants héritent de certains traits de leurs parents,
    3. Certains traits nouveaux (mutations) peuvent apparaître aléatoirement,
    4. Deux individus trop différents (génétiquement) ne peuvent pas se reproduire ensemble,

    Alors on croit implicitement à la théorie de Darwin. Du moins, on croit qu'elle est en vigueur à partir du moment présent (donc qu'elle générera de nouvelles espèces dans le futur) mais pas nécessairement qu'elle est la cause de la diversité des espèces actuelles (c'est quand même plus parcimonieux que de croire en un Dieu créateur).

    Pour prouver ce deuxième volet, il faut aller dans le registre fossile, la génétique, l'anatomie et la géologie. Toutes des sciences qui convergent pour approuver la théorie de Darwin.

    Bien sûr, depuis 200 ans, sa théorie a été améliorée. Entre autres, on a découvert les lois de l'hérédité (inconnus de Darwin, mais on sait depuis toujours que les enfants ressemblent à leurs parents), la génétique (cause de la diversité préexistante que Darwin ne s'expliquait pas), des espèces vivantes et fossiles inconnues à l'époque (dont celles qui relient l'humain au reste du règne animale) et on a aussi découvert que l'évolution n'était pas un processus régulier, elle s'accélère durant certaines périodes où la survie est plus difficile. Mais, de façon générale, la théorie de l'évolution est restée semblable depuis Darwin.

    Il faut comprendre que dans tout ça il n'y a pas de bien ou de mal, de supérieur ou d'inférieur, de fort ou de faible. Cette théorie n'a pas pour but de nous donner un repère moral ni de justifier une quelconque pratique. Elle fait juste expliquer comment les espèces se sont divisées et transformées.

    L'évolution n'est pas unilinéaire. L'humain n'est pas « l'espèce la plus évoluée » (expression totalement vide de sens…) ni le but de la vie ou de l'univers. Le parcours de la vie est multilinéaire, formant un arbre semblable à un arbre généalogique. Contrairement à ce qu'on nous annoncent dans des films tels que X-Men, l'évolution ne nous donnera pas de pouvoirs surnaturels. Aucune mutation génétique ne permettrait de lancer des boules de feu, de contrôler les champs magnétiques ou de lire dans les pensées. Sinon on aurait pu l'observer, à différents degrés, chez d'autres espèces. Les auteurs de ce genre de films ont tellement une idée unilinéaire de l'évolution qu'ils se disent que l'humain va nécessairement évoluer en quelque chose de « plus puissant » donc, pourquoi pas, en dieu. Revenez à la réalité les gars. C'est pas comme ça que ça marche.

    À ceux qui – obéissant à la loi de Godwin – disent qu'Hitler s'est inspiré de Darwin donc que croire en l'évolution c'est mal (!), j'aimerais vous rappeler qu'Hitler ne fait nul mention de Darwin ni de la sélection naturelle dans son livre Mon combat.  Au contraire, il fait souvent allusion à Dieu et au droit divin d'un peuple élu d'asservir et d'exterminer les peuples inférieurs. L'idée qu'il y a des humains inférieurs à d'autres ne vient certainement pas de Darwin. Les classes sociales et les castes existent depuis des millénaires dans les cultures humaines, c'est pas Darwin qui a inventé ça. Sa théorie ne fournit d'ailleurs aucune eau au moulin des racistes. Mais mettons qu'on essaye… disons que celui qui survit est le « supérieur » de celui qui disparaît… pourquoi les Sémites seraient-ils inférieurs aux Aryens s'ils n'ont pas encore disparus?

    C'est sans doute parce qu'elle nous faisait perdre notre statut de « roi de la Création » que cette théorie a eu de la difficulté à percer. C'est pour la même raison que le géocentrisme a eu de la difficulté à laisser sa place. L'humilité est une rare vertu.

    Mon végétarisme

    Je suis devenu végétarien parce que ça s'est imposé de soi-même pour moi. J'ai plus pris conscience du fait que pour que j'ai de la viande dans mon assiette, il fallait qu'un animal meurt. Et je me suis dis que je n'aimais pas la viande au point d'être prêt à tuer pour ça. Je me suis dit : « S'il n'est pas nécessaire à ma survie, à ma santé et à mon bonheur de torturer et tuer des animaux innocents qui ressentent la douleur et qui désirent survivre, je n'ai aucune raison de le faire moi-même ni de le faire faire par quelqu'un d'autre. » Donc j'ai tout simplement arrêté d'en manger; ça n'avait plus aucun sens pour moi. De toute façon, j'en mangeais juste chez les autres ou au restaurant parce que j'étais pas capable d'en préparer; manipuler de la viande crue me répugnait.

    Donner des droits aux animaux?

    Bon yen a qui vont trouver ça niaiseux, mais moi je trouve que c'est important. Tsé je crois pas à Dieu ou à l'âme, pour moi on est tous des machines de chair. On est de la viande. Mais ça nous enlève rien d'être ça... Ce que je veux dire c'est que pour moi il n'y pas de rupture net entre nous et le reste du règne animal. Ça forme un continuum. On a une différence de degré et non de nature comme disait un penseur célèbre quelconque (c'était Darwin il me semble).

    Donc le fossé entre l'humain et la bête n'est pas aussi clairement défini qu'on le croit. Pour vous donner une idée, voici trois «frontières» dans le monde vivant que je fixe comme ça semi-arbitrairement :

    1. Les êtres pourvus d'un cerveau (les animaux dont l'humain) versus les acéphales (végétaux, champignons, algues, embryons prématurés d'animaux).
    2. Les êtres appartenants à l'espèce humaine versus ceux qui n'y appartiennent pas.
    3. Les êtres doués de raisons (les humains adultes normaux) versus tous les autres cérébrés (bêtes, enfants, handipés mentaux, créationnistes, adéquistes).

    On a tendance à accorder à la deuxième de ces trois frontières un peu trop d'importance. Pour moi la #1 (la sensitivité) est la plus importante pour donner des droits et la #3 (la rationalité) devrait être utilisé pour donner des responsabilités. Mais il est ridicule de baser le droit ou le devoir en fonction de la #2, qui n'est que la limite de l'espèce humaine (donc, finalement, se réduit à l'interfécondité). D'ailleurs il n'est pas aussi facile qu'on le pense de définir ce qu'est un humain. Certains individus peuvent être à la limite de l'espèce (comme les hominidés pré-humains ou les gens qui auraient une mutation importante). Tandis que définir ce qu'est un «être doué de sensation» et un «être doué de raison» est à la fois plus simple et constitue une référence plus légitime pour élaborer une éthique.

    Moi j'ai l'impression qu'on sacralise un peu trop l'humain tout en chosifiant trop l'animal. J'essaye de ramener ça à la normal.

    Tsé pour ce qui du droit, en général (et de toute autre chose d'ailleurs), on a tendance à penser un peu trop dans une perspective de catégories. On regroupe les individus en ensembles puis on accorde des droits à ces ensembles. Moi, je ne veux pas que l'ensemble "homme" et l'ensemble "femme" soient égaux (ce qui est prôné de nos jours), je veux que ces ensembles semi-fictifs disparaissent et que les individus soient traité pour ce qu'ils sont. C'est la même chose pour l'ensemble "humain" versus l'ensemble "bête". Pour accorder des droits, on ne devrait pas se demander « Cet individu est-il un humain? » mais « Cet individu a-t-il des besoins? ». Que le porc ne soit pas capable de réfléchir sur l'atome ou les trous noirs ne lui enlève rien à sa faculté d'éprouver de la souffrance physique et psychologique.

    Mais le végétarisme c'est pas aller trop loin?

    Moi j'ai une morale purement utilitariste. Je vais suivre la voie qui va maximiser le bonheur collectif (dans lequel j'inclus tout être capable de bonheur). Sauf qu'en cas d'égalité, je pense que l'individu doit se favoriser lui-même.

    Donc si je dois manger de la viande pour survivre, je puis tuer une proie pour assouvir ce besoin. Car je peux faire passer mon besoin de survivre avant le besoin de survivre de ma proie.

    Mais le fait que je réussisse à survivre et à être en bonne santé sans manger de viande, me prouve à moi-même que ce geste n'est pas essentiel à ma survie. Finalement, je ne mangeais la viande que pour son goût. Donc j'ai calculé que mon besoin de goûter la chair de ma proie était inférieur au besoin de survivre de cette même proie.

    Donc tu nous vois comme des monstres immoraux?

    Pas du tout. Je réprouve d'ailleurs cette tendance qu'on a de démoniser les gens qui ne respectent pas notre code d'éthique personnel. Les mangeurs de viande ne sont pas des monstres, pas plus que les pédophiles ou les terroristes. Ce sont des humains qui ont des raisons de faire ce qu'ils font.

    Si une personne aime tant la viande qu'elle ne pourrait imaginer sa vie sans ça, je me vois mal lui dire : « Arrête d'en manger, déprime puis suicide-toi! ». Je pense pas que ça la convainque. Je pourrais aussi lui enlever de force le steak de la bouche, mais ça ne l'empêchera pas de s'en acheter un autre dans mon dos. Donc je n'interviens pas vraiment dans la carnivorie de mon entourage et je n'aborde la question de mon végétarisme que si c'est les autres qui commencent à m'en parler en premier.

    Je me dis que, pour moi, vu que je ne trippe pas trop sur la viande, ce fut facile de devenir végétarien mais que pour d'autres c'est sans doute moins accessible. Je n'ai donc aucun mérite d'être végétarien, tout comme je n'ai aucun mérite de ne pas être pédophile puisque les enfants ne m'attirent pas sexuellement. Si quelqu'un fait l'effort d'essayer de réduire sa consommation de viande ou de goûter des aliments typiquement végétariens lorsqu'on lui en offre, alors il est moralement mon égal à ce niveau, même si lui ne réussit pas à devenir végétarien. Car on aura tous les deux fait les mêmes efforts, ce qui aura été déterminants sont des facteurs hors de notre contrôle (notre volonté et surtout notre appréciation personnelle du goût de la viande).

    Par ailleurs, je me dis qu'au fond la plupart des consommateurs de viande sont à un pas d'être végétariens. Dans le sens que même s'ils mangent beaucoup de viande, leur façon de voir les choses à ce niveau se rapproche plus de la mienne que de celle d'un chasseur ou d'un éleveur. Par exemple, si je reçois quelqu'un chez moi et que je lui dis : « Si tu as faim, tu peux prendre du poulet dans le frigidaire ou une pomme dans le bol à fruit. », il va très certainement prendre le poulet. Mais si je lui dis : « Si tu as faim, tu peux aller égorger le coq dans la cour ou prendre une pomme dans le bol à fruit. », là il risque plus de prendre la pomme. Pas parce qu'il est trop paresseux pour dépecer le coq, mais parce qu'il va considérer que son désir de le manger n'est pas assez fort pour qu'il le tue. Donc la plupart des gens mangent de la viande surtout par habitude et par inconséquence. C'est pour ça qu'on peut les considérer comme à un pas du végétarisme; ce sont des végétariens non-pratiquants.

    Autres raisons secondaires...

    Il y a bien sûr aussi pour être en meilleure santé. Car si manger de temps en temps du chevreuil sauvage nourri de feuilles est bon pour la santé, manger quotidiennement du boeuf domestique nourri de farine animale et d'antibiotiques est incontestablement malsain.

    Également, des raisons environnementales. Il nécessite de sacrifier beaucoup plus de terres arables pour produire une certaine quantité de protéines animales que pour produire la même quantité de protéines végétales. Donc la production de viande consume beaucoup plus d'énergie qu'elle n'en donne. C'est logique, si je calcule le nombre de repas qu'on pourrait faire en cuisinant mon cadavre, je me rends compte que ce nombre est une infime fraction du nombre de repas que j'ai mangés dans ma vie. C'est la même chose pour un boeuf. Donc compte tenu que l'agriculture détruit l'environnement, la minimiser en éliminant l'intermédiaire inutile qu'est le bétail, est un geste écologique.

    Militantisme

    Je ne suis pas « militant » pour aucune des causes que je soutiens. .Par exemple, je ne vais pas m'attacher à un arbre pour éviter qu'on ne rase une forêt.

    Militer c'est souvent marginaliser sa cause

    Je remarque que l'on a tendance à voir comme des fous ou des illuminés les gens trop impliqués dans une cause. Surtout dans le cas où ceux-ci vont se mettre à dos de grandes portions de la population (ou des portions influentes, comme les journalistes par exemple). Souvent le militant va être « agressif » envers des actions qui sont généralement commises par la grande majorité de la population. Si je dis à la télévision que ceux qui ne font pas comme moi sont justes des égoïstes ou des caves, ya moins de chance que ces mêmes gens décident de m'écouter. Même chose si je fais des actions pouvant paraître étranges aux yeux du commun des mortels.

    Moi j'essaye toujours d'avoir l'air « modéré ». De cette façon, les gens ne se ferment pas à mon message. Mais si d'autres que moi font des extravagances au nom d'une cause que je défends, alors j'ai automatiquement l'air d'un extrémiste si je dis que je la défends. Et ça me fait chier. Donc, de grâce, rappelez-vous que la fin ne justifie pas les moyens et que de laisser les gens évoluer à leur rythme est la seule façon de les faire évoluer un jour.

    Militer c'est souvent de la pensée magique

    Je ne vois pas en quoi le fait de marcher des kilomètres guérira le cancer du sein. Ni en quoi le fait de me raser la tête aidera les leucémiques. Me déguiser en ours polaire ne réduira pas les changements climatiques non plus. Pour moi tout ces rituels sont simplement de la magie. Ce n'est pas quelque chose que je veux encourager.

    Quand j'étais en première année, on a fait un marche-o-ton pour amasser des fonds pour quelque chose. Je ne comprenais pas trop le principe. Ma mère m'explique « Plus tu marches de kilomètres, plus tu amasses de l'argent pour cette cause. » Mais yavait quelque chose que je comprenais. « Mais pourquoi les gens ne font pas juste donner de l'argent directement pour la cause? » En troisième année, c'était le Sautons-en-cœur que c'était le même principe. Plus tu sautais à la corde longtemps, plus les gens donnaient de l'argent pour les maladies du cœur. Encore là j'avais de la misère à comprendre. Pourquoi les gens veulent pas donner d'argent pour guérir la leucémie mais sont prêts à en donner pour que je me rase la tête?

    Même chose pour les « grèves » étudiantes (on devrait plutôt appeler ça « foxage de masse ») ou tout autre « moyen de pression » ne mettant aucune pression sur la cible visée (par exemple, le fait de tous s'habiller en noir le mardi…). Je trouve que c'est grotesque.

    Militer c'est souvent être discriminatoire malgré nous

    Le mouvement féministe dit vouloir l'égalité des sexes et je le crois. Il y a très certainement certaines féministes extrémistes voulant que la femme domine l'homme, mais il a des extrémismes dans tout. Le problème est que l'intervention des féministes se fera seulement dans un cas où les droits de la femme sont opprimés mais pas dans un cas où ce sont les droits de l'homme (mâle) qui le seraient. Donc même s'ils prônent théoriquement l'égalité, les féministes permettent involontairement une inégalité. Un bon exemple ce sont les féministes qui s'insurgent contre l'excision des jeunes filles en Afrique et voient ça comme une oppression de la femme par les méchants hommes, mais qui ne reprochent rien à la circoncision des jeunes garçons et ne la voient pas du tout comme une oppression de la part de la femme. Un autre exemple, plus près de chez nous, c'est quand on désapprouve le fait que des femmes musulmanes portent le voile, mais qu'on a rien à reprocher au fait que des hommes sikhs portent le turban.

    On peut justifier cette tendance du féminisme par le fait qu'autrefois le statut de la femme était jugée socialement inférieur à celui de l'homme. Donc il aurait semblé absurde à l'époque de défendre les droits de l'homme (mâle) devant ceux de la femme. Mais aujourd'hui c'est différent. Les deux sexes sont égaux. On doit maintenant permettre aux individus d'être ce qu'ils veulent sans les contraindre ou les discriminer en fonction de leur sexe. Le mouvement féministe doit fusionner avec les quelques groupuscules masculinistes modérés pour devenir un mouvement pour l'égalité des sexes qui défendraient les deux sexes.

    Même chose pour la ligue des Noirs ou tout autre mouvement ayant pour but de défendre l'accès à l'égalité pour un groupe donné. Il aura tendance à négliger de reconnaître qu'il y a des sphères dans lesquels c'est son groupe qui « opprime » les autres. Il n'y aura pas non plus de moment où ce mouvement dira : « Bon, on est pas mal égaux, on peut dissoudre le mouvement. » Moi j'ai l'impression que ces mouvements vont continuer d'exister perpétuellement en réclamant toujours plus de droits pour leur groupe, jusqu'à ce qu'ils soient le groupe dominant.

    Personnellement, je dirais qu'il ne devrait exister qu'un seul mouvement défendant l'accès à l'égalité pour tous.

    Bref le militantisme tel qu'il est pratiqué actuellement me semble à la fois grotesque et inutile.